Les podcasts des médiateurs
Série : Premiers vols, premiers exploits : l’aube de l’aviation militaire française
Épisode 3
Par Valentin



Par Valentin
Nous sommes le 5 octobre 1914. Depuis maintenant plus de 2 mois, la guerre a débuté sur le front Ouest. Après l’offensive fulgurante de l’armée allemande, le front s’est stabilisé à la suite de la bataille de la Marne ainsi que la course à la mer.
C’est dans le secteur de la ville de Reims, près de laquelle le front s’est stabilisé, que l’histoire d’aujourd’hui se déroule. La ville de Reims fut brièvement occupée par les troupes allemandes fin septembre 1914. Après leur retrait, des positions fortifiées voient le jour au Nord de la ville en particulier autour du fort de Brimont, capturé par les Allemands quelques jours auparavant.
Dans la journée du 5 octobre, deux aviateurs français sont envoyés en mission de bombardement sur ce fort. Le pilote est Joseph Frantz, breveté en 1911 ; c’est un aviateur chevronné auteur de nombreux exploits aériens. A bord de l’appareil se trouve également son copilote Louis Quénault. Il est mécanicien, observateur et mitrailleur. L’Homme à tout faire à bord !
Frantz est aux commandes d’un Voisin III, appareil de bombardement biplan. Initialement, cet appareil n’est armé que de bombes. Quelques jours plus tôt, l’avionneur Gabriel Voisin a fait installer en personne des mitrailleuses sur plusieurs appareils de l’escadrille de Frantz et Quenault. Une aubaine pour les deux aviateurs qui, depuis le début des hostilités, ont engagé le combat à plusieurs reprises contre des appareils allemands … à coup de revolver ! Expérience peu concluante.
Revenons-en à leur mission :
Après avoir largué leurs 6 obus de 75 sur le fort de Brimont, les deux aviateurs font route vers leur camp d’aviation à Lhéry, dans l’ouest de Reims. En route, ils aperçoivent un appareil allemand : un Aviatik B.1, piloté par le sergent Wilhelm Schlichting, accompagné du lieutenant observateur Fritz von Zangen.
Par une manœuvre assez habile Frantz arrive à approcher l’appareil allemand par l’arrière. Inconscient du danger, l’aviateur allemand ne tente pas tout de suite une manœuvre de dégagement. Arrivé à une dizaine de mètres des Allemands, le mitrailleur Quenault ouvre le feu, balle par balle, afin d’éviter que sa mitrailleuse ne s’enraye. S’en suit 15 minutes de poursuite.
Presque à court de munition, une 47ème balle tirée par Quenault semble finalement avoir touché le pilote qui perd le contrôle de l’Aviatik qui s’écrase sur la commune de Jonchéry-sur-Vesle. Cette action s’est déroulée sous les yeux du général Franchet d’Espérey qui fut impressionné par la bravoure des deux aviateurs français.
Cet événement, aura un grand retentissement. Les journaux de l’époque relateront en détail le déroulé du combat et Frantz et Quénault seront élevés au rang de héros de l’armée française pour ce combat aérien, qui s’est soldé par la première victoire aérienne de l’Histoire.
On peut y voir ici la quasi-naissance de ce que l’on appellera l’avion de chasse à partir de 1916.
Joseph Frantz, déjà titulaire de la médaille militaire pour des actions en septembre 1914, est décoré de la Légion d’honneur. Le caporal Louis Quenault, auteur du tir qui fut fatal à l’Aviatik, fut lui décoré de la Médaille militaire.
Les deux aviateurs survivront à la guerre, durant laquelle ils continueront à voler ensemble au sein d’un groupe d’aviation quelque peu spécial, opérant sur des appareils de bombardement dotés de canon, afin de détruire les ballons d’observations allemands. Mais c’est une autre histoire !